Expression picturale
Verbatim
Ma peinture s’est progressivement détachée de la description des choses pour devenir plus conceptuelle, abstraite. Cette évolution est très visible dans mon œuvre, notamment dans ma dernière série « Fil du temps ». Je définis ma peinture comme un automatisme guidé par l’émotion, le sentiment. L’automatisme, c’est l’inconscient qui se manifeste et il occupe une place très importante dans ma démarche artistique.
Pour moi, la valeur réaliste d’une toile est indépendante de toute qualité imitative, elle est liée aux sensations qu’elle suscitera chez les autres. Est-ce qu’un tableau qui reproduit la réalité a plus de valeur ? C’est un des grands débats du monde artistique…Le mot-clef à mon avis est l’imagination. C’est elle qui donne tout son sens à la définition d’un artiste.
En cela, je pourrais me sentir proche du courant expressionniste, mais l’impressionnisme m’a aussi influencé, en particulier Cezanne, Turner pour le travail de la lumière. Cela dit, il est important de se détacher des influences. Cezanne disait d’ailleurs qu’après avoir vu les grands maîtres, il fallait se hâter d’en sortir et de vérifier en soi les instincts, les sensations qui résident en nous.
Créer est un processus intime et solitaire au cours duquel on jette sur la toile un ressenti, son état d’âme et auquel on ajoute des éléments de son époque. Dans ma série Ciel et terre, cela est très visible dans le choix des couleurs qui me permettent de jouer sur les effets de lumière tout comme le travail sur la matière impulse du mouvement à la toile pour l’imprimer de force et de vie. Fernand Léger disait que le réalisme pictural est l’ordonnance simultanée des Lignes, des Formes et des Couleurs. Cette ordonnance simultanée doit créer l’harmonie.
Cela ne veut pas dire, cependant, que le thème soit secondaire. Il est aussi un mode d’expression. L’anonymat de la ville, le Temps qui passe sont des thèmes récurrents dans mon œuvre. Un artiste tend à travailler sur les mêmes obsessions tout au long de sa vie. C’est leur interprétation qui évolue. Je reprendrai les mots de Léger : le sujet ou l’objet n’est rien : c’est l’effet qui compte. L’art doit inviter à réfléchir. J’aime que chacun, en contemplant les toiles, y cherche ses propres réponses.